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Chapitre 1er : « Dans lequel j'apprends que les trajets creusent »

Chapitre 1er : « Dans lequel j’apprends que les trajets creusent »
En général, quand t'entames la lecture d'un roman ou à plus petite échelle d'une nouvelle, tu peux rapidement créer deux catégories d'histoires. Celles qui commencent bien, et celles, par opposition, qui patinent, engluées dans la choucroute !

A première vue, la mienne semble plutôt bien engagée. J'ai les deux bras collés aux accoudoirs de mon siège et profite agréablement des bienfaits de la vitesse engendrée par le déplacement du T.G.V dans l'espace. Il flotte dans le wagon que j'occupe un délicieux parfum titillant gentiment mes naseaux conquis. D'autre part j'égare ma paire d'yeux dans un San-Antonio de qualité supérieure, doré sur tranches et fondant à c½ur, une perle, comme toujours. Merci Frédéric !
Le spectacle de la nuit s'offre furtivement à moi par les fenêtres sales. Quelques lumières éparses diffusent leurs joules ici et là, diluées dans l'air par notre course folle. (Si j'continue à écrire de la sorte, on va encore m'expédier le Prix Nobel de Littérature par colis Chronopost. Ca fait déjà 3 tout d'même, le montant de ma cheminée commence à donner quelques signes de fatigue que diable !)

En bref c'est l'pied !

Une contraction stomacale insonore (dieu merci !) m'avertit qu'il ne serait pas négligeable que je m'alimente (à l'eau). Je déploie mon physique de cinéma hors du siège et m'envoie promener en direction du Wagon-bar histoire de me cloquer une collation dans le burlingue. Les secousses incessantes de ce satané serpent d'acier salopent ma grâce naturelle. On dirait un funambule unijambiste à la retraite qui tenterait son come-back, tel un dernier hommage offert à son public. Mais, chanceux comme je le suis, tu te doutes bien que le Wagon-bar est à seulement 5 voitures de la mienne. Inutile de se presser.

C'est à pas mesurés que je traverse donc les wagons me séparant de mon encas. Y à pas à dire, ce soir, la S.N.CF amortira son trajet. Sans être spécialement bondé, la plupart des sièges du train sont occupés par des culs vertueux (enfin, je suppute... à mes heures perdues ;)

Des ménagères de moins de cinquante ans noircissent des grilles de mots fléchés, certaines, plus courageuses vont jusqu'à s'adonner (et s'abonner) aux joies impénétrables du sudoku. Vive Télé 7 jours ! Si tu ne viens pas à Lagardère, Lagardère viendra à toi...

Quelques tuxedo-men aussi mystérieux qu'imposants (et qu'imposables) massent énergiquement les touches de leurs claviers d'ordinateurs portables. Un couple participe à un concours de grimaces. Le jeune homme n'hésite pas à distordre la peau élastique de ses joues provoquant chez sa chalengeuse un rire aussi franc qu'une pièce d'un Euro. A quelques sièges, un vieux con peste comme quoi « y a plus de respect » et que « c'est pas une heure pour faire le con ! Y en a qui pionce, merde ! ».


C'est le sourire aux lèvres que je déclenche le mécanisme de la porte coulissante. Tiens, le Wagon-bar, déjà...
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# Posté le mercredi 04 juillet 2007 07:00

Modifié le mercredi 04 juillet 2007 08:49

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